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Témoignage du père Jean-Marc Bocquet

OU  ELLES  SONT, CES MERVEILLES ? 

                                               

                                     Avec 1250 pèlerins, je reviens d’un pèlerinage à Lourdes, dont on ne sort jamais indemne….Le thème en était : « Le Seigneur a fait pour moi des merveilles ». Mais beaucoup se disent : « C’est quoi, ces merveilles ? On n’en voit pas beaucoup la couleur…. ». La vie se déroule, inexorable. Les feuilles d’impôt tombent. La rentrée amène ses joies, ses frais, ses soucis. Le travail ne tombe pas du ciel, et pour les enfants et petits-enfants, on s’inquiète. La santé va comme elle peut, pour nous et pour nos proches. Il n’y a pas de miracle, là-dedans.

 

                                            Déjà un signal : merveille, ce n’est pas miracle. C’est plus discret, plus modeste, ça ne viole pas les lois de la Nature. Une merveille, c’est ce qui nous donne envie de vivre, de sourire, de donner, d’accepter, de « communier ». Avec ce que nous sommes, simplement. Et, si on le veut bien, Lourdes, avec ses gens, ses rassemblements, ses moments d’intimité, son histoire, sa paix, c’est un lieu de poésie. De création, de joie et de bienveillance. Comme le suggère l’immense prière qui s’en élève.                                                                                                                                                 C’est un lieu où l’on vérifie sa vie, où on met tout à plat, où on fait le bilan, moment de vérité qu’on ose assumer. Un lieu où on peut se dire sans crainte d’être jugé, sûr d’être écouté. Où on change l’éclairage pour découvrir des petits diamants dans notre existence. 

 

                                            C’est un lieu où l’on voit autre chose, un monde sans violence, sans concurrence ni domination, où les derniers sont les premiers : les personnes malades, handicapées, meurtries par un système économique déshumanisé.   

                                                                                                                            Un lieu où on vit ensemble d’autres relations, une autre échelle sociale, d’autres finalités à la vie. Comme à la Cité St Pierre, ce superbe lieu d’accueil voulu par Bernadette elle-même pour les meurtris, les blessés, les méprisés comme elle.                                                                                                                   Un lieu de croisement et de rencontre internationale, où se brassent les couleurs, les langues, les chants et les prières. Européens ou Asiatiques, gens des îles ou du voyage : le monde comme il devrait être, l’accueil sans condition de « l’étranger ». Du frère et de la sœur.   

                                            Un lieu inter-âges, où les jeunes ont la parole pour dire leur joie de vivre, et sont mis en responsabilité, convoient les malades, et avec eux, lient des relations d’écoute, de compréhension, de tendresse.                                                                                                                                                  Un lieu de solidarité à fleur de peau, où l’on se sent prêt à porter un peu de la souffrance des autres, à s’en faire les messagers, où l’on trouve sa joie à remonter le moral de celui qui se languit.

                                          Un réservoir d’ouverture, de service, de convivialité.                                                                

 

                                         Une petite réserve quand même. Toute expérience forte demande à être donnée, distribuée et ressemée dans la réalité de notre vie sociale, de tous les jours. Enracinée au cœur du quotidien ordinaire et du commun de nos semblables. Enfermée dans une bulle, elle dépérit. Dispensée au grand large, elle vivifie. L’émotion n’est qu’un palier, elle doit être dépassée, se faire chair pour tous. Celles et ceux qui se consacrent au service de la collectivité, à la vie associative, à l’engagement d’élu, de syndicaliste, ou de créateur de relations, se heurtent trop souvent à l’incompréhension, à l’indifférence ou au mépris. Un pèlerinage peut être l’occasion de refonder leur dynamisme dans le souffle de l’Evangile. Au nom de quoi se préoccuper du bien commun, donner du prix à la justice sociale, au bien-être des lésés de la vie ? Ici, à Denain, nous vivons encore de la mémoire de ceux et celles qui, comme Paule Bertin, animaient à Lourdes les rencontres de personnes engagées dans la vie de la cité.                                                                                                                                               

                                        La voilà, la merveille : qu’existent des lieux alternatifs, où tous ceux qui le désirent puissent peindre nos communes, nos entreprises et nos quartiers en couleurs de chaleur et de solidarité. Et repartir avec au cœur, une paix contagieuse. C’est ainsi que vit Marie aujourd’hui…

 

                                                                                    JMB, 24-08-2017.

Article publié par service des pèlerinages • Publié Mercredi 11 octobre 2017 - 16h05 • 62 visites

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