Pèlerinages
Seigneur, avec Toi nous irons au désert
Un groupe de pèlerins du diocèse a pris ce chant au pied de la lettre et est allé au désert du Sahara à la rencontre de Dieu

Une marche de rupture en période de carême,  au milieu du désert,  se fondre dans un groupe inconnu, se laisser guider par des bédouins dans des conditions inhabituelles,  voici quelques unes des  raisons   pour lesquelles je me suis retrouvée le 28 février  à Bruxelles sur le vol en partance pour le Sud Tunisien,  avec 16  comparses à la bonne humeur contagieuse sous la houlette du Père Emmanuel Canart. 

A Djerba, notre transfert au désert se fit en 4X4,  Après quelques heures de course, sur une piste en  tôle ondulée, digne du Paris Dakar, les os broyés, nous découvrons le  bivouac : deux tentes bédouines perdues au milieu de nulle part et nos  hôtes, 8 chameliers dont je ne perçois  que le regard dans la nuit noire. On nous confie l’écuelle, le gobelet et la cuillère pour la semaine que nous devrons entretenir sans la moindre once d’eau,  rien qu’avec du sable Petite inspection rapide des lieux  à la lumière de la lampe frontale,  je constate que nous sommes cernés par des …chameaux…

 Le lendemain matin, réveil au son de la flûte, petit déjeuner composé de pain frais cuit sur la braise, confiture de figue et thé,  une très belle  prière commune  face à l’immensité du désert, voilà de quoi doper  le pèlerin pour la journée. Notre caravane se met en marche (en silence durant une heure chaque matin), 18 marcheurs, 8 bédouins et …19 chameaux (je n’avais pas révé)   ….Des dunes bien molles nous attendent ;  comme les autres, j’abandonne très vite mes chaussures pour aller pieds nus dans le sable fin. Plateaux caillouteux alternent avec zones sableuses, mes  yeux se perdent dans l’infini du paysage et peu à peu je me  dépouille de ce qui m’encombre, j’enlève ma montre,  je me déconnecte…...

Nous allons pérégriner ainsi dans le plus grand bonheur jusque mardi soir. La messe quotidienne face au soleil couchant en plein désert,  prend une saveur d’exode à l’instar des hébreux au Sinaï. Le pain pétri à chaque repas, de merveilleuses veillées autour du feu  rythmées de chants et de danses berbères nous solidarisent à nos hôtes.  Les nuits à la belle étoile au creux des dunes, me font  sentir avec une acuité singulière l’immensité de l’univers, la fatuité de nos vies, mais surtout,  la présence de Dieu ici, au milieu de nous.  

Mais ce mardi soir, un phénomène extraordinaire nous stupéfia : un  halo nuageux, immense, parfait,  entourait la lune. On interroge les bédouins qui ne semblent pas se laisser troubler. Chacun de nous y va de ses suppositions : les Valenciennois y voient  le saint cordon de Notre Dame, d’autres la bénédiction de Dieu, ou encore  notre propre  auréole qui se reflèterait dans le ciel… ??? !!!

Réponse le lendemain matin sous la forme d’une courte mais violente tempête de sable qui nous a donné un avant-goût…..  de ce qui nous attendait l’après midi et la soirée. Après la marche du jour, nous nous sommes retrouvés confinés sous une tente bédouine pendant environ 18 heures….  nous y avons mangé, joué à « vache qui tache », beaucoup ri,  dormi, célébré la messe,  avec une chance déterminante et inouïe : un groupe formidable de gentillesse, d’attention,  de solidarité, de simplicité entre qui nous  avons partagé gaiement notre infortune.. La météo fut peu clémente au cours des deux jours qui suivirent mais rien n’entacha notre bonne humeur ni la cohésion du groupe maintenant solidement acquise et moins encore la solidarité qui nous liait alors à nos chameliers..

Le dernier jour,  transfert à Djerba et nuit à l’hôtel  où nous  avons goûté  les délices de la civilisation : la douche… !

Combien pauvres m’ont paru ces bédouins le premier jour, et  pourtant  à l’arrivée, comment je  me suis sentie bien plus pauvre qu’eux.  Que n’ai-je cette connaissance de la nature, leur acuité des sens,  cette sérénité intérieure, ce lâcher prise, la liberté, le détachement, ….

Quant ma marche devient démarche, je me défais un peu de mes contingences, je quitte mes réflexes d’humain pressé, mon confort, il me faut vivre de peu,  du pain de chaque jour, d’un peu de cette eau si précieuse,  goûter la beauté et la générosité de la nature, faire confiance  et me laisser conduire, « mettre à profit pleinement le temps présent »  (thème remarquablement  développé par le Père Emmanuel  dans une de ses homélies) s’abandonner à la volonté de Dieu.  De surcroît, j’ai partagé cette riche expérience avec de belles personnes, généreuses, gaies, spirituelles  (quel talent.. !!)   et efficaces dans leur savoir faire  (Francis le penseur et Caroline la panseuse, Nathalie la choriste et Jacques le cariste, et pardon pour les autres de ne pas les citer  !..).  De tout mon cœur, merci à tous. !

Marie Noelle Leclercq (en formation au Cipac)

 

Notre Père, Donne-nous chaque jour ce qu’il nous faut pour vivre.
Accueille-nous tels que nous sommes et pardonne nos faux pas
Ainsi que nous-mêmes essayons de pardonner à ceux qui nous ont blessés.
Dans la tentation, apporte-nous ton soutien et
libère-nous du Mal”. »

 Charles Delhez, Tu es né pour la joie

 

Dieu consulta son alter ego, Allah. J’ai  quelques paroissiens qui souhaiteraient  aller méditer sur tes terres bédouines, puis je te les confier ?. Pas de problème, répondit Allah désires- tu que leur réserve un traitement particulier ? Sont-ils particulièrement vertueux ou au contraire ont-ils beaucoup à expédier ?  Non répondit Dieu, ce sont des pèlerins  assez communs.. ! mais fais comme pour les tiens. 18 joyeux pèlerins en quête d’aventure  s’envolèrent pour le sud tunisien.

 

 

Article publié par emmanuel canart • Publié le Lundi 23 mars 2009 • 4498 visites

Nous suivre
Sur les réseaux sociaux
Rechercher
Se connecter
Devenir membre